Edouard Albert Portalis (1845-1918)

Edouard Albert PORTALISÂge : 7318451918

Nom
Edouard Albert PORTALIS
Prénom(s)
Edouard Albert
Nom de famille
PORTALIS
Naissance 26 mars 1845 34 21
Naissance d’un frèrebaron Joseph PORTALIS
11 mai 1852 (Âge 7)
Décès du grand-père paternelJoseph Marie, comte PORTALIS
5 août 1858 (Âge 13)
Cote du document : Fichier alphabétique des actes reconstitués, registre V3E/D 1220
Décès de la mèreCaroline, Victorine, Adrienne, Louise MOUNIER
17 avril 1881 (Âge 36)
Décès de la grand-mère maternelleWilhelmine “Mina” LIGHTONE
24 novembre 1881 (Âge 36)
Cote du document : V4E 3461
MariageLaure LAPIEAfficher la famille
8 novembre 1892 (Âge 47)
Cote du document : BMS Boulogne-Billancourt, registre E_NUM_BOU_M1892
Profession
Journaliste, patron de presse, essaiyste

Note :
Jeune, il voyagea aux Etats-Unis, d'où il rapporta un livre, "Les Etats-Unis, le self-government et le césarisme", puis il entra dans le journalisme. Il fonda en 1869 un revue hebdomadaire, "Le Courrier des deux mondes", dans laquelle il défendait les idées démocratiques et avancées. Aprés la guerre de 1870, il fur rédacteur en chef de "L'électeur libre", et l'ayant quitté, fonda "La Vérité", favorable à la Commune. Le journal fut supprimé le 4 septembre 1871 pour un article refusant à l'Assemblée nationale le pouvoir constituant. Il acheta alors, en avril 1872, "Le Corsaire", qui fut à son tour suspendu, pour un article de Zola, du 24 décembre au 22 fevrier 1873. A ce moment, il racheta "L'Avenir national", lui même supprimé en octobre 1873 à cause d'un texte : "A bas Chambord". Il tenta ensuite de faire renaître ou de fonder plusieurs journaux, auxquels il souhaita que Zola collaborât, mais sans succes. En 1883, il acheta "Le Petit Lyonnais", et en 1886, "Le XIXe Siècle" qui soutint Boulanger. Poursuivi pour chantage, il s'exila en 1895. Bien que Zola n'appréciat pas beaucoup la personnalite d'Edouard, les deux hommes gardèrent des relations courtoises. Les Presses de l'Université de Montréal Centre d'Etudes sur le Naturalisme Les correspondants de Zola http://www.chass.utoronto.ca/french/bios/port.htm
Évènement
Procès
13 février 1895 (Âge 49)

Note :
Edouard Portalis, en fuite, ne sera pas présent au procès en chantage dont il est accusé avec 6 autres personnes. Il sera condamné à 5 ans de prison et 3000 frs d'amende . Le compte rendu du procès est disponible sur Gallica, à l'adresse suivante : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5496509r (Albert Bataille, Causes criminelles et mondaines, 1895, pages 183 -248 )
Décès du pèreHarold, Jean-Baptiste PORTALIS
8 décembre 1899 (Âge 54)
Cote du document : BMS Le Vesinet, registre 2MIEC227
Décès d’une sœurErnestine, Philippine, Stéphanie PORTALIS
26 octobre 1915 (Âge 70)

Décès d’un frèreCharles, Guillaume, “Harold”, baron PORTALIS
11 avril 1917 (Âge 72)

Publications
Publications

Note :
- Les Etats-Unis, le self-government et le césarisme Editeur Armand le Chevalier, Paris, 1869 Lien Google Books : http://books.google.fr/books?id=TD7ux-EpK_cC - Deux Républiques Editeur G. Charpentier, Paris, 1880 Lien Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209389z - La révision, lettres échangées entre le directeur de "la France" et le directeur de "la Vérité". 1880-1881 Editeur : E. Dentu, Paris, 1881 Lien Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5475127f - Un guet-apens judicaire. Mémoire d'un condamné par défaut à l'opinion, à la presse, à ses juges Éditeur Savine, Paris, 1896 Lien Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54961939 Contribution : Les deux Chambres et la revision / par Léon Donnat ; avec une préface par A.-Édouard Portalis Editeur Impr. du Centre (Paris) 1881 Lien Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5475608t
Décès 29 avril 1918 (Âge 73)
Famille avec les parents - Afficher la famille
père
mère
 
Mariage : 12 août 1840, Paris, 75000, Paris, FRANCE
14 mois
frère plus âgé
3 ans
Edouard Albert Portalis (1845-1918)Edouard Albert PORTALIS
Naissance : 26 mars 1845 34 2135 rue St Georges, Vesoul, 70000, Haute-Saône, FRANCE
Décès : 29 avril 1918, Poissy, 78300, Yvelines, FRANCE
7 ans
frère plus jeune
-9 ans
sœur plus âgée
Famille avec Laure LAPIE - Afficher la famille
Edouard Albert Portalis (1845-1918)Edouard Albert PORTALIS
Naissance : 26 mars 1845 34 2135 rue St Georges, Vesoul, 70000, Haute-Saône, FRANCE
Décès : 29 avril 1918, Poissy, 78300, Yvelines, FRANCE
épouse
 
Mariage : 8 novembre 1892, Boulogne-Billancourt, 92012, Hauts-de-Seine, FRANCE

NaissancePERS - Acte de naissance d'Edouard Portalis - 1845
MariageAD92 - Acte de mariage Portalis - Lapie - 1892
Cote du document : BMS Boulogne-Billancourt, registre E_NUM_BOU_M1892
DécèsPERS - Extrait d'acte de décès d'Edouard Portalis - 1918
Profession
Jeune, il voyagea aux Etats-Unis, d'où il rapporta un livre, "Les Etats-Unis, le self-government et le césarisme", puis il entra dans le journalisme. Il fonda en 1869 un revue hebdomadaire, "Le Courrier des deux mondes", dans laquelle il défendait les idées démocratiques et avancées. Aprés la guerre de 1870, il fur rédacteur en chef de "L'électeur libre", et l'ayant quitté, fonda "La Vérité", favorable à la Commune. Le journal fut supprimé le 4 septembre 1871 pour un article refusant à l'Assemblée nationale le pouvoir constituant. Il acheta alors, en avril 1872, "Le Corsaire", qui fut à son tour suspendu, pour un article de Zola, du 24 décembre au 22 fevrier 1873. A ce moment, il racheta "L'Avenir national", lui même supprimé en octobre 1873 à cause d'un texte : "A bas Chambord". Il tenta ensuite de faire renaître ou de fonder plusieurs journaux, auxquels il souhaita que Zola collaborât, mais sans succes. En 1883, il acheta "Le Petit Lyonnais", et en 1886, "Le XIXe Siècle" qui soutint Boulanger. Poursuivi pour chantage, il s'exila en 1895. Bien que Zola n'appréciat pas beaucoup la personnalite d'Edouard, les deux hommes gardèrent des relations courtoises. Les Presses de l'Université de Montréal Centre d'Etudes sur le Naturalisme Les correspondants de Zola http://www.chass.utoronto.ca/french/bios/port.htm
Évènement
Edouard Portalis, en fuite, ne sera pas présent au procès en chantage dont il est accusé avec 6 autres personnes. Il sera condamné à 5 ans de prison et 3000 frs d'amende . Le compte rendu du procès est disponible sur Gallica, à l'adresse suivante : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5496509r (Albert Bataille, Causes criminelles et mondaines, 1895, pages 183 -248 )
Publications
- Les Etats-Unis, le self-government et le césarisme Editeur Armand le Chevalier, Paris, 1869 Lien Google Books : http://books.google.fr/books?id=TD7ux-EpK_cC - Deux Républiques Editeur G. Charpentier, Paris, 1880 Lien Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209389z - La révision, lettres échangées entre le directeur de "la France" et le directeur de "la Vérité". 1880-1881 Editeur : E. Dentu, Paris, 1881 Lien Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5475127f - Un guet-apens judicaire. Mémoire d'un condamné par défaut à l'opinion, à la presse, à ses juges Éditeur Savine, Paris, 1896 Lien Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54961939 Contribution : Les deux Chambres et la revision / par Léon Donnat ; avec une préface par A.-Édouard Portalis Editeur Impr. du Centre (Paris) 1881 Lien Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5475608t
Note
LE FIGARO 41e Année 3e Série N° 177 Mercredi 26 Juin 1895 Comment devient-on maître chanteur? Sujet aussi vaste que vingt années de l'histoire secrète du parlementarisme. Mais dans cette longue file de politiciens que nous voyons s'acheminer vers Mazas, l'intéressant d'un Portalis et qui lui compose une figure balzacienne, c'est que celui-ci possède un beau nom, de la fortune, du tempérament, tout ce qu'on peut trouver dans un berceau, et pourtant, par une suite absolument logique,sa destinée l'entraîna en correctionnelle, à la ruine et au déshonneur. Les Canivet, les Dreyfus sont de grossières gens, menés par des appétits et par une verve de chemisiers, et qui, après un instant de fortune excessive, ont trouvé une fin qu'on avait toujours jugée vraisemblable. Portalis, au contraire, a trompé les apparences. Il offre l'attrait d'une forte figure qui peu à peu se dégrade. Girard, à ses côtés, lui donne un romanesque profondément humain. Edouard Portalis est un blond de grande taille, un type d'Anglo-Saxon. Exactement un Poméranien mâtiné de Provençal. Son grand-père, le grand chancelier, né à Aix, fut marié par l'Empereur à la fille du gouverneur de Poméranie. Comme Wilson, avec qui il présente de fortes analogies par son allure physique et par sa conception de la domination politique, il est parmi nous un étranger. Et voilà le secret profond de la conduite de ces deux hommes fort intelligents,mais qui jamais n'ont senti d'accord avec le milieu où ils évoluaient. Enfant, le jeune Portalis fut renvoyé de trente-six collèges; nulle discipline ne le domptait, et sa manie particulière était de dévisser les serrures. Un maître de boite à bachot, décidé à tout supporter pour garder un pensionnaire riche et de beau nom, lui fit remettre sous main une clé. Dès lors le jeune homme respecta les serrures. Mais non les professeurs ! Tous se plaignaient. Un colleur de mathématiques, enfin, prit de l'empire sur ce terrible élève qui, un jour, avec ce singulier mélange de franchise et d'effronterie dont il devait plus tard, et les grâces de l'enfance passées, user moins heureusement sur les banquiers et les tenanciers de cercle, lui dit « C'est curieux, vous seul m'intimidez. » Ce colleur, c'était Girard, celui-là même qui passe aujourd'hui en correctionnelle sous l'inculpation d'avoir fait chanter la Compagnie transatlantique pour le compte de Portalis. Girard, bourguignon, un blond a 1'œil bleu, fils de paysan, ancien étudiant en médecine qui, par une sorte de bohème, s'attardait dans cette profession incertaine et aisée de répétiteur, fut amusé de cette sympathie d'enfant. Il prit plaisir à causer fréquemment avec son élève qui lui dit un jour « Pourquoi n'auriez-vous pas vous-même un établissement comme celui-ci ? » Le père de Portalis prêta les cinq mille francs nécessaires et Girard s'installa quartier Marbeuf. Quand Portalis fut bachelier, ses parents alors installés à la recette générale de Versailles eussent désiré qu'il s'accommodât auprès d'eux d'une oisiveté de bon ton. Mais ce jeune homme ardent, à l'une des fêtes données aux souverains étrangers pour l'Exposition de 1867, eut, disait-il plus tard, le pressentiment de catastrophes prochaines. Dans l'Hôtel de Ville embrasé d'illuminations splendides, il prétend avoir distingué Paris en feu. Pour être prêt à profiter de la chute de l'Empire, il voulut étudier la démocratie américaine. Outre-mer, ce jeune Anglo-Saxon qui dans son enfance pensait en langue anglaise se retrouva parmi ses pareils. Il y vit des sénateurs de vingt-cinq ans. Il en rapporta le goût de voir net et d'agir brutalement, et en outre un livre de valeur Le Césarisme et la Liberté. Le parti de l'opposition devait s'intéresser à un débutant de ce nom et d'esprit ouvert. Portalis fonda avec Ernest-Picard l'Electeur libre, dont il eut naturellement à fournir les fonds, qu'il se procura par des expédients de fils de famille. Ainsi prêt pour la grande curée, au 4 Septembre il s'élança. Mais le 12 du même mois, il fut arrêté pour avoir publié, à l'instigation de Picard, un article qui ameuta la rue. Son cas était grave, il ne s'agissait de rien moins que de la cour martiale. Picard ne bougea pas c'est Girard qui intervint, qui se démena et qui, grâce aux relations que lui avait créées sa pension, tira d'affaire Portalis. Celui-ci relâché, mais irrité contre Picard qui l'avait exploité et lâché, attaqua Gambetta, la Défense nationale. Il y conquit quelques sympathies de la Commune, mais se fit dans son monde une situation de renégat. Et si le gouvernement de Versailles rentré dans Paris ne l'inquiéta pas, ce fut encore grâce au dévouement de Girard, qui dès cette époque montra un don merveilleux pour convaincre les gens de gouvernement. Portalis fut dépité et étonné, après ces terribles agitations dont il avait tout espéré, de se retrouver étranger à tous les partis et les mains vides. Résultat fort explicable pourtant à bien examiner sa manière dès ce début, on voit déjà comment sa vie penchera. Ces premières années sont les assises très significatives de sa fâcheuse destinée. Par la logique de ses idées générales, ce jeune politicien fort intelligent était voué à l'isolement et aux besoins d'argent. Et en effet ce n'était pas seulement parce qu'il se jugeait exploité par les frères Picard qu'il venait de rompre si mal à propos avec le nouveau personnel gouvernemental, c'était par une confiance excessive en soi-même qui résulte un peu d'une certaine énergie [d'homme de >pbrt] et surtout d'une vanité fréquente chez les fils de famille II essaya de traiter avec Gambetta. Ces deux génies de l'intrigue et qui ne se souciaient que des résultats, eussent dû s'entendre, mais Portalis, avec un journal à deux sous de grand tirage, croyait pouvoir traiter de pair l'orateur populaire. Spuller, Ranc et Péphaut réunirent assez d'argent pour fonder la République française, et les deux équipages suivirent une marche parallèle, avec une fraternité tempérée de mauvais procédés, comme c'est la coutume. Cette même morgue parfois inspira à Portalis des audaces vraiment belles,ainsi quand il offrit brutalement une mensualité de cinq cents francs à un secrétaire de Thiers qui les accepta. Souvent aussi elle prêtait à ses raisonnements une sorte de logique à coups de poing qui a les apparences du bon sens mais elle l'amena à une conception méprisante de l'humanité qui le devait introduire rapidement dans la voie du chantage. Il croyait avoir constaté en Amérique qu'une seule chose vaut qu'on la pèse et qu'on la respecte, la force. Il jugeait en outre que la force unique, c'est l'argent. S'assurer des concours en payant, et multiplier les journaux, tel fut le système où il s'acharna et dissipa ses ressources, escomptées avec une variété d'habiletés dont Mercadet lui-même eût été étonné. Cette nécessité de trouver de l'argent pour des journaux sans cesse tués et renaissants, ce mépris hautain des réalités sentimentales, cette conviction qu'on capte des forces morales comme on groupe des capitalistes amenèrent dès 1873 Portalis à une grave opération qui lui valut de perdre définitivement l'orthodoxie républicaine et qui, croyez-le bien, ne fut pas étrangère à la joie avec laquelle dans sa dernière aventure on vient de l'exécuter. Je veux parler de la fusion qu'il imagina et tenta « entre la démocratie et les Napoléons ». Je ne retracerai pas le détail de cette opération, une des plus fameuses de l'intrigue politique sous la troisième République. Il suffit de rappeler la stupeur de Paris quand une lettre manifeste du prince Napoléon fut publiée par le journal républicain de Portalis, l'Avenir national. La rue, le Parlement, les rédactions, tous crièrent à la trahison. Il n'y avait pas alors d'argumentation démocratique qui pût tenir contre le sentiment républicain. Girard, de sa boîte à bachot accourut au secours de Portalis excommunié et accablé, il maintint quelque temps des relations utiles entre le journal et le prince,qui se lassa enfin, et Portalis, à la fin de 1873, disparut, complètement vaincu. Son père lui offrait une pension de douze mille francs pour qu'il ne fît plus rien. Mais Portalis avait son tempérament. Après six années, il réapparut. Son équipée napoléonienne lui fermait pour l'instant la politique, puisqu'il était étranglé entre les ducs et les amis de Gambetta. Celui-ci pouvait, lui, entretenir un journal et nourrir un personnel. Il avait des amis riches et auxquels il n'hésitait pas à imposer comme secrétaire tel ami pauvre; par Laurier, il casait des clients jusque dans le monde de droite. Portalis résolut de gagner dans les affaires cet argent sans quoi la domination politique lui paraît impossible.Les Messageries générales et puis le Grand Café. Comme j'aimerais a vous faire voir pourquoi l'une et l'autre affaire, excellentes en certains points, devaient manquer entre les mains de ce Portalis que nous venons d'analyser ! Il en sortit avec de grosses parts de responsabilités civiles que le dévoué Girard s'employait à diminuer, à éteindre. Mais ses échecs, comme il arrive toujours, lui firent la réputation d'un homme d'affaires, Tous les hommes véreux défilèrent dans son cabinet. En outre, sa vanité commença à lui composer une très fâcheuse attitude, parce que roulé par les uns, responsable vis-à-vis des autres, il préféra s'associer à la malhonnêteté des premiers plutôt qu'à la naïveté des seconds, craignant plus la réputation de maladroit que de bandit. Dans le même temps, ayant affermé à Lyon le Petit Lyonnais et s'étant trouvé pris dans cette ville entre les radicaux et les opportunistes, il reconnut la nécessité de faire la paix avec Gambetta qui, depuis le Seize Mai, était devenu le maître incontesté. Pour cette réconciliation, il se composa un terrain en publiant « les Deux Républiques » où il y a d'excellentes pages, notamment sur les lois. Tous ces efforts lui permirent de ramener dans la Vérité qu'il fonda les collaborateurs dont la défection l'avait perdu en 1873. De nouveau il avait sous la main une belle partie à jouer ! «  Vous avez fait assez de bêtises, lui dit Girard, je vais quitter mon établissement et, désormais, c'est moi qui administrerai votre journal. » La Vérité tirait peu, mais elle discutait les questions avec de la logique et des documents, aussi la lisait-on dans les salles de rédaction et au Parlement. A cette époque, les affaires s'offraient d'elles-mêmes; l'argent n'était pas rare. Pour lancer une entreprise un banquier ne demandait point qu'elle fût bonne, mais seulement qu'elle fournît un prospectus. Girard se créa une manière. Merveilleuse tactique que je voudrais développer en dix mille lignes, et sans talent je serais sûr d'intéresser, parce qu'on y distinguerait un rare génie et surtout parce qu'à la Chambre, dans la presse, dans toute la coterie gouvernementale des concussionnaires et tripoteurs, il est un maître, ce petit homme. Il disait « Quand on parle d'une affaire dans un journal, elle est fichue. » Le journal était son moyen de relations. Doué d'une merveilleuse facilité pour comprendre les affaires et les juger dans le détail, il se faisait expliquer une question par l'intéressé, débrouillait le dossier, créait des arguments, puis allait trouver les ministres, les présidents de commission, les députés. Il se rendait aussi auprès de diverses administrations publiques et privées, et leur exposait soit les propositions, soit les doléances de ses clients. C'était en réalité un avocat d'affaires. Sa manière témoigne gravement contre le régime parlementaire, mais dans son principe, elle n'est point un chantage. De 81 à 89, au café de Madrid, au café de la Porte-Montmartre, au café Cardinal, il y eut le marché aux décorations et aux places. Le ministère Rouvier (84-85) fut l'apogée de ce système qui, inter-rompu par Boulanger, réapparut en 87. Les gens de province affluaient là de cinq à sept. Décorations, avancement, concessions, tout était trafic. Girard, l'un des courtiers les plus puissants, a dit des hommes politiques «  Le tout c'est de pouvoir offrir : Trouver l'intermédiaire et amener le joint pour la proposition, voilà le problème. » Il fut intime avec Freycinet, avec Herbette; il connut Herz. La Vérité, qui ne se vendait pas, a gagné 292,000 francs en deux ans. Cette somme subvint aux pertes de Portalis dans ses affaires et dans son journal de Lyon. Portalis n'a jamais joué; il n'aimait que la marche, le cheval, les sports violents. C'est l'ambitieux, qu'on peut définir l'homme sans plaisirs. Girard, de son côté, aurait eu grand intérêt à se séparer de Portalis. Un jour, à cet administrateur merveilleux Freycinet offrit un journal. Mais à condition que Portalis n'en serait point. Girard s'en ouvrit à Portalis. « L'imbécile, racontait-il dans la suite, il m'a expliqué que j'avais intérêt à rester avec lui » Dans la façon dont il disait « l'imbécile », Girard mettait à la fois sa douleur d'aimer un égoïste, son ironie d'homme clairvoyant devant un malin vraiment trop lourd, et aussi l'admiration que lui inspiraient, comme d'un fils à son père, les moindres mouvements de Portalis. Portalis vraiment était un fils, un disciple, mais brutal et qui appliquait trop lourdement le système ingénieux de son père spirituel. Quand nous publierons prochainement l'histoire de l'exploitation et de la décomposition opportunistes, nous saurons bien faire voir comment l'exécution de Wilson, à laquelle Portalis prit une part vigoureuse, ne fut pas l'intervention d'honnêtes gens, mais le croc-en-jambe de complices: On en voulait à Wilson parce qu'il prenait toutes les affaires et abusait de sa situation de gendre pour réduire la part des camarades. Les parlementaires, dans ces fameux scandales Grévy-Wilson, ne prévoyaient pas les suites de l'écroulement qu'ils déterminaient. C'est avec la même irréflexion qu'agit Portalis quand il entama, quelques années après, une violente campagne contre les méthodes de publicité de certain journal. Il s'était irrité de toujours rencontrer la concurrence d'une organisation infiniment plus forte, il prétendit la briser. C'est par un suprême ricochet de sa lutte contre le Petit Journal qu'il semble bien avoir été écrasé. Ironie qu'on appréciera, Portalis et Girard ayant amusé et ameuté tout Paris par leurs cris. « Au voleur ! » furent appréhendés eux-mêmes comme conséquence du talent avec lequel ils avaient forcé le public à voir clair et les autorités à agir. La campagne contre les cercles, qui motiva l'arrestation de Portalis et de Girard, fut menée selon leur tactique quotidienne. Leur plan consistait à dénoncer des abus réels et par là à s'assurer la clientèle bien certaine des gens de cercle qui sont des liseurs. En outre, si l'occasion s'en présentait, le journal pouvait se faire payer son silence. Les bénéfices devaient subvenir aux frais considérables que Portalis s'était créés à Gien, où il s'obstinait à poursuivre le hasard électoral et où, selon sa cons-tante méthode américaine, il pensionnait divers personnages, parmi lesquels le maire de Gien à cinq cents francs par mois. En vérité, cette biographie de Portalis trop resserrée dans cet étroit espace est un témoignage excellent sur les mœurs et les moyens de l'exploitation opportuniste. En outre, elle donne des indications à ceux qui savent goûter ces sortes d'amitiés émouvantes que Balzac a présentées dans son Vautrin et son Rubempré. Girard, qui fit trembler toutes les sociétés financières, grâce au génie qu'il avait pour comprendre leurs pirateries et s'y associer, est pour le psychologue tout simplement un homme à qui de tristes circonstances ont interdit d'avoir un fils et chez qui le sentiment de la paternité était extrêmement développé. Allez aujourd'hui à la chambre correctionnelle, vous l'entendrez s'efforcer de défendre Portalis en fuite. Maurice Barrès.
Objet médiaEdouard Albert Portalis (1845-1918)Edouard Albert Portalis (1845-1918)
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Note : Document Edouard Portalis
Objet médiaEdouard Portalis poursuivi par la justice, par F.Riquet d'après PrudhonEdouard Portalis poursuivi par la justice, par F.Riquet d'après Prudhon
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Note : Document Edouard Portalis